miércoles, 23 de octubre de 2013

Le Funambule, la blessure secrète, Jean Genet

Au hasard des livres qu'on me rend à la bibli quand je suis au prêt, je pioche des lectures que je n'aurais pas cherchées autrement, ce sont des lectures qui se présentent à moi. C'est ainsi que je viens de découvrir le texte beau et touchant de Jean Genet*, Le Funambule, dédié à son ami funambule Abdallah. J'ai été impressionnée par ce passage, absolument, j'ai déjà eu conscience de ça mais loin, bien en-dessous de ces mots-là:


Et ta blessure, où est-elle ? / Je me demande où réside, où se cache la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l’on attente à son orgueil, quand on le blesse ? Cette blessure — qui devient ainsi le for intérieur —, c’est elle qu’il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de cœur secret et douloureux. Si nous regardons d’un œil vite et avide, l’homme ou la femme* qui passent –le chien aussi, l’oiseau, une casserole- cette vitesse même de notre regard nous révèlera, d’une façon nette, quelle est cette blessure où ils vont se replier lorsqu’il y a danger. Que dis-je ? Ils y sont déjà, gagnant par elle –dont ils ont pris la forme- et pour elle, la solitude : les voici tout entiers dans l’avachissement des épaules dont ils font qu’il est eux-mêmes, toute leur vie afflue dans un pli méchant de la bouche et contre lequel ils ne peuvent rien et ne veulent rien pouvoir puisque c’est par lui qu’ils connaissent cette solitude absolue, incommunicable –ce château de l’âme- afin d’être cette solitude elle-même.

* Les plus émouvants sont ceux qui se replient tout entiers dans un signe de grotesque dérision : une coiffure, certaine moustache, des bagues, des chaussures… Pour un moment toute leur vie se précipite là, et le détail resplendit : soudain il s’éteint : c’est que toute la gloire qui s’y portait vient de se retirer dans cette région secrète, apportant enfin la solitude

Voilà, c'était à partager, n'est-ce pas ? 


Le Funambule, Jean Genet,
Editions Gallimard, collection L'Arbalète

* Jean Genet: (1910-1986), romancier, poète et dramaturge français profondément rebelle. C'est un marginal dont l'écriture raffinée exalte le mal, le mépris de l'ordre social, la perversion.

Bon, à bientôt, Muriel


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